la BAD
TUNISAIR

 

Luciano Borin : directeur des opérations du secteur privé de la B.A.D

 

C'est en raison des troubles de Côte d'Ivoire que le conseil consultatif des gouverneurs (CCG) de la BAD, installé depuis 1964 à Abidjan, a décidé de transférer le siège de cette institution. Cette décision a fait suite au déclenchement par les Nations Unies de la "phase IV", un stade avancé d'insécurité qui implique l'évacuation de tout le personnel de la banque que préside le Marocain Omar Kabbaj. A Tunis nous avons pu rencontrer Luciano Borin directeur des opérations du secteur privé.

Afbz : Vous êtes impliqué dans des activités de développement depuis de très nombreuses années, quel état des lieux établissez vous de la situation qui prévaut pour les populations Africaines?

Luciano Borin : Mon analyse est que trop souvent malheureusement les programmes de développement retenus sont inadaptés à la situation. C'est pour cela qu'il est indispensable d'adopter une approche davantage orientée sur les projets, ainsi que sur les porteurs de projets eux même. D'autre part, il nous faut appréhender la situation dans une vision plus globale tenant compte des différents aspects sur le long terme. Mon constat est que l'Afrique exporte plus de 80 % de ces matières premières et ne crée pas de plus value.D'autre part le marché Africain est trop fragmenté, ce qui pose le problème de la taille des marchés. C'est pourquoi il faut je pense favoriser l'idée de « marchés régionaux » plus vaste, car désormais l'Afrique pense dans les grands ensembles.

Afbz : Quelles sont selon vous les mesures à adopter ?

Luciano Borin : Il faut renforcer le mécanisme et la viabilité des entreprises en Afrique. Elle doivent constituer le terreau basique du tissu économique des pays d'Afrique. Tout ceci passe aussi par la solidification des infrastructures logistiques, routes, transports, ect.. /./ A cet égard, il ne faut pas hésiter à faire appel aux investissements étrangers, pour cela il faut les créer les conditions d'un environnement rassurant pour les attirer.

Afbz : Vous dites aussi que les populations ont un rôle majeur à jouer dans le développement alors qu'à priori se sont-elles les victimes du système économique et non pas l'inverse.

Luciano Borin : Oui, vous avez raison, cependant je reste persuadé que les peuples peuvent jouer un rôle déterminant dans l'amélioration des conditions de vie. Il faut favoriser partout où c'est possible l'émergence d'une réelle société civile. Les associations de lutte en faveur d'une plus grande transparence sont trop isolées, il faut les encourager. Les PME sont particulièrement importantes dans le processus de « dynamisation » des économies africaines. Bien sûr, il faut aussi que les gouvernements accompagnent le mouvement. Tout ceci passe encore une fois par l'encouragement aux initiatives de création de richesses passant notamment par les coopératives, les groupements d'exportateurs, les centrales d'achat. Malheureusement souvent, les porteurs de projets manquent cruellement de financements ou de fonds propres. C'est à ce niveau que les banques devraient intervenir, et ne plus être si frileuses !

Afbz : Quels genres d'initiatives avez vous choisi de soutenir récemment ?

Luciano Borin : Vous savez il y en a beaucoup, mais je pense en particulier au soutien apporté aux « femmes entrepreneurs ». C'est une initiative de soutien aux micros financement. Je ne vous apprend pas grand chose en vous disant que le taux de remboursement des prêts consentis sont remboursés à près de 98%. Ils permettent de développer des projets qui touchent toutes les strates de la société. Car en finançant les femmes c'est toute l'économie des pays que nous irriguons. Nous allons poursuivre dans cette voie. Nous pensons aussi que le rôle de la diaspora Africaine établie en Europe est déterminant.

Afbz : Quelle place occupe la culture pour la Bad, dans les perspectives de développement ?

Luciano Borin : Une place importante figurez vous, à telle enseigne que nous avons choisi de réhabiliter un site historique à Dar es Salam en collaboration avec l'UNESCO. Au Mozambique nous avons entrepris la même offensive de réhabilitation d'une île qui recèle de vestiges et de monuments exceptionnels. Tout ceci peut constituer à l'avenir une force importante d'attraction touristique. Ce projet englobe également un programme de préservation de l'écosystème, l'énergie solaire, le maintien de la qualité de l'eau. A l'avenir, nous comptons étoffer encore notre soutien à ce genre de projet.