A F R O R I D D I M
angelique kidjo
queen etemee
tete
disiz
china
AMAZONE DE LA MUSIQUE

 

Le début des années 1990 est marqué par l'émergence d'une nouvelle génération d'artistes africains. Parmi eux, Angélique Kidjo. A pas de féline et dans des tenues d'apparat calquées sur le pelage des gracieuses panthères, elle réussit à s'imposer rapidement comme l'une des figures emblématiques de la musique Africaine internationale. Souvenez vous de son 1er album “LOGOZO” dont la chanson “Batonga” a fait le tour du monde et l'a propulsé sur la plus haute marche du podium. Après un « exil doré » en Amérique, elle signe un nouvel album “OYAYA” qui se démarque du style qu'on lui connaît. Un grand saut vers les rythmes Afro-Cubains ! C'est à la rencontre d'un digne ambassadeur de l'UNICEF qu'Afrobiz vous convie.

Finalement l'ascenseur ne s'est pas arrêté depuis “LOGOZO”,l'aventure se poursuit aujourd'hui avec cet album que vous signez “OYAYA”! Beaucoup de choses se sont passées depuis. J'ai toujours en moi la même passion de mon art. La même ouverture qui m'a guidée sur des sentiers de joie, et le punch qu'on me connaît. Je ne me suis pas limitée à la routine. J'ai plutôt élargi ma tendance à l'ouverture en osant prendre des risques.

Lorsque vous décidez de prendre des risques, quels sont vos états d'âme? A cet instant précis, je me laisse orienter par mon inspiration du moment. Elle m'illumine et la passion m'envahit. Je ne me pose pas de questions. C'est ce que je ressens qui me parle et me dirige.

Vous n'avez rien perdu de votre énergie et du dynamisme que vous déployez depuis le début de votre carrière. Ce sont là des valeurs que je porte en moi et qui ne peuvent pas tarir. Je suis une personne qui adore bouger et booster les choses. Je pense même que ces valeurs croissent en moi au fil du temps. J'avoue qu'il me plairait d'être calme de temps en temps, mais avec le boulot que je fais...

Abordons à présent l'album “OYAYA” que vous venez de réaliser. C'est un grand saut vers l'ailleurs que vous faites! “OYAYA” est chanté en yorouba qui est une langue de chez moi que l'on retrouve aussi au Nigeria. Il symbolise la joie, la réjouissance. Je l'ai conçu en baignant dans un « optimisme vrai ». J'ai voulu transcender le travail, atteindre l'extase. Il s'agit du dernier acte d'une trilogie commencée en 1997 et qui scrute les sources africaines de la musique américaine et brésilienne. Je retrace le chemin des esclaves, ces gens qui ont été déracinés, enlevés de chez eux avec force. Ces derniers ont pu survivre grâce à la musique. Même le blues qui véhicule la tristesse procure aussi de la joie. Au finish on se rend compte que la vie à plus de pouvoir que la mort.

On a l'impression que cet album vous a fait connaître la vie! C'est bien plus que cela. C'est pour moi une réponse en écho de la joie de vivre. la joie de l'âme suprême contre toute la déprime. C'est un grand message qui s'exprime en ces termes: croire au refus du repli des communautés, car les problèmes doivent nous faire évoluer. L'entrecroisement des traditions africaines à des sonorités latinos donnent une symphonie qui épate! Tel est le but de ma passion. Tel est le travail que je voulais réaliser. Et donc, si cela est perçu je ne peux que me réjouir. J'y avais pensé depuis de nombreuses années. Il y a deux métiers qui m'intéressaient. Avocate, ou musicienne. Après avoir suivi des cours de droit, je n'y ai pas vu d'intérêt car les lois sont écrites par les hommes. Je ne me voyais pas du tout en train de « juger » d'autres hommes. Par contre j'ai trouvé mon compte dans la musique car elle me permet d'établir un lien avec les autres. Ma musique reflète mes croyances, mes convictions. “Oyaya” est nimbée de salsa car je me suis retrouvé dans les caraïbes. Mon séjour cubain à même été celui qui m'a fait atteindre extase et plénitude. Notre musique se retrouve partout dans le monde. Ce sont les esclaves qui ont teinté toutes les influences musicales que nous vivons aujourd'hui.

Il y a également un autre excellent mariage dans cet album, celui des idiomes africains à la salsa! De ce côté-là, il a fallu un dédoublement de ma personne. Il faut parvenir à ses fins au moyen d'une capacité d'adaptation. Je chante dans plusieurs langues africaines et notamment en yorouba, fon, mina. J'ai en moi force et envie d'asseoir les éléments de base qui viennent du même endroit. Il faut disposer d'une flexibilité pour épouser toutes les cultures en gardant leurs identités. Préserver l'interactivité entre les cultures pour qu'elles existent.

Parlez nous des rapports que vous entretenez avec les autres artistes africains! Voilà un autre aspect de notre vie d'artiste que nous n'arrivons pas à assurer. C'est un fait indépendant de notre volonté. Nous avons des journées tellement remplies. On a jamais le temps de se voir. Notre univers est trop spécial. Lorsqu'il arrive qu'on se retrouve alors on se lâche en se faisant du bien. Nous sommes gérés par le temps.

Comment peut-on vous imaginer en dehors de l'univers musical? Je suis une femme comme les autres. Une épouse et mère à sa juste valeur. je refuse qu'on me donne une étiquette de star et d'ailleurs je n'en suis pas.

Quelle image pouvez-vous nous peindre de la femme béninoise? On va la dépasser pour dresser un portrait de l'africaine. C'est une pionnière. Le changement ne s'opère que par elle. Elle tient en main l'éducation des hommes. L'avenir est entre ses mains.

Vous êtes féministe? Je ne suis pas féministe mais réaliste. Les femmes ont une richesse que l'homme ne peut posséder. Elles ont une approche du business plus logique que les hommes. Lorsque nos hommes s'égarent du droit chemin, ce sont elles qui rétablissent l'ordre. Elles prennent tout sur elles. Mais je précise cependant qu'il existe une notion de complémentarité entre ces deux sexes et qui doit faire durer le couple.

On vous a élevée au rang de digne ambassadeur de l'UNICEF. Qu'est ce qui vous a valu cet honneur? Je suis orientée vers une politique du social. Ce sont donc mes actions pour la bonne cause qui m'ont valu cette distinction. J'ai travaillé avec les nations unies. Il faut de nos jours de plus en plus de bonne volonté pour faire bouger les montagnes. Mon talent, je le mets à la disposition de l'éducation, surtout celle des jeunes filles en Afrique. Je prône la gratuité de l'école pour tous sur notre continent. Que notre élite se mobilise autour des fléaux dévastateurs. La question du sida doit être de ce fait traitée en priorité absolue. Moi je suis sur le terrain. Je parle aux jeunes. L'UNICEF me soutient. Je vous l'ai dit en début d'interview, je bouge beaucoup!!

Pacôme Christian Kipré.