A F R O R I D D I M
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CHINA

 

Elle arrive, un sandwich à la main, quelques minutes de retard… Non, disons plutôt 60 minutes, avec un grand sourire, l'air pourtant contrit et désolé. Elle ne retrouvait plus les clefs de chez elle ; c'est pardonnable. Surtout que l'entretien a montré qu'elle était une personne simple, sensible et très émouvante. On n'évoquera pas sa mère, l'incontournable, Dee Dee Bridgewater, grande chanteuse de jazz. C'est volontaire, notre interviewée s'appelle China Moses, chanteuse de R'n B français, consultante et pigiste pour le “The Source” français et animatrice sur mtv.

Pour qui ce nouvel album ? C'est comme à chaque sortie d'albums. Il y a des gens qui vont acheter China et d'autres non. Je verrais d'ici quelques mois.

En France, il faut obligatoirement appartenir à une case, quelle est la vôtre ? Je représente la tendance Martin Luther King du Rn' B français, et Les Nubians, elles possèdent un univers particulier qui leur est propre et auquel j'adhère aussi. Je chante l'amour, les peines et les joies qui vont avec.

Pourquoi n'avoir pas cherché à être connue aux US ? J'ai fait un morceau qui devrait sortir aux Etats-Unis cette année. Et puis j'ai vécu la plupart de ma vie ici.

Pensez-vous comme Saya, que la couleur joue dans le rn'b français ? Chacun a son public et le public, ses préférences. Je ne crois pas que la couleur y soit pour quelque chose, mais plutôt le talent et la manière dont on fait la promotion de telle ou telle artiste.

Concernée ou non par le destin Noir ou une autre cause ? Concernant les Noirs, comme tous, je suis touchée par notre histoire de souffrance, moi, en tant que Noire Américaine, descendante d'esclaves après les 400 ans de Traite, mais je pense aussi qu'il faut faire des efforts. Savoir ce que l'on est, d'où on vient et ensuite composer avec le reste. J'ai travaillé à la TV à MCM, et il m'est arrivé de recevoir des lettres racistes, me disant de retourner à mes cocotiers. Pourtant MCM, c'est pas TF1 ! Il faut avoir nos structures. Je suis contente de voir Trace TV, Miss Ebène ou Afrobiz. Il faut aussi arrêter le racisme dans la communauté, du type tout est à cause des Blancs, ils sont tous pareils… Et nous même alors ? Il faut un Martin Luther King comme un Malcolm X.

Indignation ? Quand je vois un SDF en bas de mon immeuble ou près d'un distributeur, je pense qu'il faut avoir la décence de lui demander s'il va bien ou s'il souhaite qu'on appelle les services concernés. Kaïser, un SDF près de la Place des Vosges a toujours adoré ce qu'il était : un SDF. C'est comme ceux qui adorent vivre dans les squats…

Parlez-moi de vous et des hommes ? Je suis très émotive, touchée par l'amour. J'adore découvrir des univers qui ne me sont pas familiers de manière générale. Les Hommes, y a tant de chose à dire sur eux. Mais pour moi, ce qui est le plus important c'est d'être avec quelqu'un qui m'accepte comme je suis.

L'Afrique ? Je suis allée au FIMA au Niger et j'ai déjà été en Côte d'Ivoire. L'Afrique, c'est un beau continent. C'est malheureux, mais souvent je me demande en entrant dans un taxi, là-bas, si la personne à côté de moi, n'est pas un descendant de mes ancêtres.

China, une confidence ? Je n'ai pas passé mon bac, je ne l'ai jamais eu. J'ai passé un contrat avec ma mère, après avoir été signée en 1995 et à la sortie de mon premier album, j'ai passé mon certificat de fin d'études. Avant les journalistes me posaient des questions un peu coconnes, je croyais que c'était parce que je n'avais pas de bagage “intellectuel”. Quand on interviewe une fille comme Leslie (pas celle du Loft de M6) on met en avant le fait qu'elle ait fait hypokhâgne. Moi je n'ai pas de bagage, j'ai longtemps été gênée par çà. Je croyais que je n'étais pas intelligente.

En fait, la société contemporaine nous fait croire que seuls les diplômes et l'instruction font les individus intelligents. L'instruction développe certaines aptitudes, mais n'est pas synonyme d'intelligence. Une maxime universelle dit que l'intelligence, c'est la capacité de s'adapter à toutes circonstances et surtout de tirer son épingle du jeu. C'est ce que raconte “Good Loving” de China Moses. Une jeune noire américaine, française par choix, artiste à part entière, sans fioriture, et toquée d'amour, mais infiniment rafraîchissante, comme son album (le troisième), à écouter pour se rapprocher du quotidien des mortels.

Prudence K