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LACHETE PIQUANTE DE L'ANTI-HEROS

 

“Je n'aime pas les promos et je ne m'y habitue pas”, lâche-t-il. Il s'est pourtant prêté au jeu. Normal, il a sorti son troisième album intitulé “Le Cactus de Sibérie”, le 30 mars 2004. Oxmo Puccino, 29 ans, un rappeur, loin des clichés, pourtant il affirme : “je fais du rap de proximité”. Il n'est pas de ceux qui veulent faire larmoyer les foules sur le sinistre destin des jeunes des cités et leur mal être, bien qu'il vienne d'une cité du 19e. Son kif : écrire des petites histoires, rapper des scénarios (comme celui de son film “Petit Frère” en 99). Une imagination convertie pour les besoins du rap en échappatoire, peut-être aussi pour ses besoins propres.

Dans la nébuleuse hip hop cocorico, Oxmo, demeure très marginal, mais çà n'empêche qu'il soit “official”, reconnu par ses pairs pour ses rimes, et son talent de MC. Ce troisième album est l'occasion pour lui de se livrer une nouvelle fois. Pas de perspectives définies, “ Je ne sais rien prévoir” dit-il. Mais dans l'urgence “C'est de pouvoir refaire mes papiers et les avoir !…” Comme quoi, il n'y a pas qu'à Château Rouge qu'on trouve des clandestins.

Oxmo admire Dieudonné et son combat, et affirme pourtant ne jamais pouvoir avoir le courage de mener un tel combat : “Je ne suis pas un héros !” Et il cite : “l'Histoire se souvient des vainqueurs pas des héros”. Il continue en disant qu'il ne s'engage pas pour les causes perdues d'avance, y compris pêle-mêle, la paix dans le monde, l'insécurité, le combat homme/femme, le combat contre les jeunes, et contre l'Etat... “Je ne suis qu'un musicien, je ne suis pas prêt à assumer, c'est pour cela que j'ai beaucoup de respect pour ceux qui mènent les combats."

Il affirme ne pas pouvoir assumer. “Pour le 21 avril 2002, je n'ai pas été voter, et si j'avais les papiers pour, je ne serais pas allé voter ! Le jeu politique est une mascarade. "On m'a demandé de participer au CD contre Le Pen, je ne l'ai pas fait.” Il a le mérite de ne pas venir au secours des combattants déjà abattus. “J'ai arrêté aussi de donner pour les bonnes oeuvres, dès que je me suis rendu compte que ce n'était que des arnaques faites sur ma notoriété. Je m'occupe maintenant que des oeuvres que je peux suivre jusqu'au bout.”

Pour ce qui est de la cause noire, il dit que c'est un combat perdu. Concernant la k7 où Eminem insulte les femmes noires et la communauté noire, il dit que çà lui passe au-dessus, et il renvoie à le comparer avec un certain Pierpoljak connu pour son passif de skinhead. “J'ai voyagé dans le monde et j'ai vu, que le Noir n'avait aucun poids, rien à dire et qu'on pouvait lui faire ou lui dire ce qu'on voulait, il ne réagirait pas, et en France on est pas organisés”. Il confirme le postulat selon lequel “les Noirs ne se mettent pas en perspective”.

"Mes albums, ce sont mes contributions à l'évolution, en apportant une autre manière de penser.” Il semble incarner ceux qui évitent les complaisances, et ne se mentent pas. Oxmo opte dans son rap pour des textes décalés et très équivoque “Black Desperado” dans le nouvel album qui raconte l'histoire d'un héros noir en sombrero qui s'attaque au rap français. Un domaine qu'il connaît et avec lequel il se mont-re assez incisif.

“Ceux qui m'ont le plus inspiré dans le rap français c'est le trio NTM/Solaar/IAM, et aussi Kery James”. Bien qu'il soit resté à Paris pour enregistrer ce nouvel album l'univers qu'il en ressort est très divers. Une collaboration avec Kool Shen, l'autre face de NTM, intitulé “Un flingue et des roses” en fait un retour de bons procédés. Il choisi toujours des titres décalés, un peu théâtraux… A la production, son équipe habituelle depuis Opéra Puccino (1er album sorti en 1998), Mars et Kessey en plus de Jonxmoke et DJ Luke.

Pourquoi écouter Oxmo plutôt qu'un autre, tout simplement, parce que, ce qu'il propose est sincère. Pas de pacotilles, pour beaucoup de choses à apporter. Il dédicace, à l'instar de Pascal Obispo, un morceau à ses fans “Mes fans”. Comme quoi, il n'oublie pas que son talent a été plébiscité. L'amour est aussi un sujet qu'il n'a pas honte d'aborder, l'image du rappeur macho, n'a pas vraiment été dans son parcours. On se souvient du duo en 1998 avec K-reen [?], toujours dans les parages, il remet çà avec elle dans “Nous aurions pu”.

Il a commencé à rapper par hasard, il continue de rapper pour l'art. Le Mali est loin, la France est proche.

Prudence K.