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JAMES CARTER

 

La presse n'est pas avare en compliments à son égard. A la sortie de son premier album “JC on the set” paru en 1993, à 23 ans, il est annoncé comme le dernier génie du jazz. Il est le Marvin Gaye du saxophone, qu'il manie avec dextérité, et une insolente audace digne du très regretté Django Reinhardt. Comme mentor : Wynton Marsalis, autre génie de la matière, qui l'a découvert à ses 17 ans. …

35ans, près de deux mètres, originaire de Détroit, new-yorkais au présent. Premier apprentissage du saxophone à 11 ans, plus d'une dizaine d'albums propres ou en contribu-tion, un génie pour les spécialistes. Il reçoit dans une chambre d'hôtel sans prétention, où il a ses habitudes.

Notre homme appartient à un monde discret et feutré, mais infiniment riche. Le monde du jazz. Pourtant à le voir mimer l'ensemble du service religieux de l'église où il a passé tous les dimanches de sa jeunesse, son monde du jazz n'a rien de calme. C'est tout autre. James Carter, comme la plupart des artistes afro-américains, est passé par la case lieu de Culte, où les fer-veurs, les plus démonstratives, n'ont pas honte de se dévoiler. Lieux de cultes, où, spiritualité rime avec chant, rythmique, dévotion …

“Un dimanche, je suis allé au service religieux fréquenté par mon cousin. J'ai découvert des choses extraordinaires pour le gamin que j'étais. J'y ai vu un ministre du culte, une chorale et une assistance dans un état de liesse si marquantes que j'ai choisi définitivement d'adopter cet endroit, comme seul lieu de prière et de dévotion. J'y ai vu, entendu et surtout ressenti ce qui a modelé, et qui modèle encore ma musique, ma façon de jouer, mais qui surtout, a façonné l'ensemble de la musique noire américaine."

Un univers formateur, qui a structuré sa façon d'appréhender, d'apprivoiser, et de s'approprier du jazz.“ Ce n'est pas seulement un genre musical, il fait partie d'un héritage incontestablement Noir, appartenant au monde Noir, à la culture Noire et qui restera indéfiniment Noir. Ce monde qui a créé le gospel, le blues, la soul, le rock'n roll, le rythm and blues, la new jack, la funk, le disco, la house, le hip hop…"

” Le jazz est de nos jours est regardé comme une musique de la bourgeoisie Blanche, sorti défini-tivement de son berceau d'origine, comme le rock ou bientôt le hip hop. Conséquence, très peu de Noirs raffolent du jazz, outre-atlantique ou ailleurs."

"Lorsque Kenny G. a sorti son album au début des années 90, il a été accueilli avec de hauts cris, des commentaires dithyrambiques. Oui, il était génial. Mais la différence entre Ellington, Davis, et les Petrucciani et Baker est simple : ils n'ont pas vécu un univers où la musique, était plus qu'un divertissement, une succession de clés à lire sur une partition, un art à apprendre dans une classe. Et çà, personne ne nous l'en -lèvera. Le jazz a une histoire, et une imprégnation particulière qui n'appartient qu'au Monde Noir. Son engouement par les autres cultures n'enlève rien à sa facture d'origine.”

James Carter est curieux de tout ce qui de près ou de loin intéresse le monde noir. A un moment, il devient celui qui interviewe, question d'approfondir ses connaissances sur l'Afrique, ses exilés, ou sur les Caraïbes, sur la mentalité des autres Noirs Il questionne même tous les noirs du personnel de son hôtel…

Cette année 2004, il revient avec un album inti-tulé “Gardenias for Lady Day”, une ode posthu-me à la grande Billie Holiday. Il a travaillé avec Cassius Richmond (arrangeur), John Hicks (piano), Peter Washington (bass), Victor Lewis (batterie), Greg Cohen (compositeur) et Miche Brian (chant). Ce n'est pas son premier hommage féminin, le précédent était dédié à l'incomparable Ornette Coleman. Signe qu'il veut remercier les pionniers pour avoir ouvert la voie aux générations futures de Jazzmen Noirs.

Les initiés retrouveront le bip bop et les inflexions particulières du jazz new orléanais, et d'autres vibrations issues des musiques modernes funk, soul, blues… Pour les néophytes, imaginez une ballade, au bout de laquelle, on se déleste du poids du passé, retrouve plus de certitudes sur l'avenir et ressent moins la précarité du présent. “Gardenias for Lady Day”, ode à Billie Holiday, l'auteur de “Strange Fruits” (en référence à ces Noirs pendus aux arbres pendant la ségrégation dans le Sud des Etats-Unis, sans raison apparente, sinon la seule sauvagerie du genre humain). C'est la démarche d'un homme mûr, qui sait d'où il vient, et sait où il va, et qui surtout, n'oublie pas de remercier les aînés et les anciens pour les combats qu'ils ont menés.

Prudence K