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MAMANE

 

Venu en France à l'âge de 25 ans, Mamane avoue être monté sur scène par accident. En effet, c'est pour rendre service à un ami comédien, qui avait besoin d'une personne supplémentaire dans son spectacle un soir, qu'il met les pieds sur scène pour la première fois. C'est d'ailleurs aussi un hasard si cet amateur de bandes dessinées et de littérature se retrouve à Paris pour poursuivre un troisième cycle de physiologie végétale. Après avoir grandi entre le Niger, le Cameroun et la Côte-d'Ivoire, Mamane, qui se qualifie lui-même de citoyen de monde, débarque donc dans la capitale française. « Avant de voir Paris, je m'attendais à trouver des buildings comme à Manhattan et tout ce que j'ai vu ce sont de vieux bâtiments du XVI ème et XVII ème siècles». Aujourd'hui, après trois années passées sur les planches, ce nigérien de trente-neuf ans a enfin réalisé son rêve. Vivre de son art, et cela grâce au : « One Mamane Show».

Son show, Mamane le fait depuis un an et demi un peu partout en France et bien sûr les sketches évoluent puisqu'il est beaucoup question d'actualité dans ce spectacle.

Outre un jeu de mots bien manié, les thèmes abordés sont ceux de la mondialisation, l'immigration, le stress parisien, la malbouffe… L'originalité réside dans le fait que tous ces sujets sont vus à travers l'oeil d'un Africain, de plus il y a une interactivité qui rend le show plus vivant car le public y participe. Les personnages sont tout aussi intéressants, citons par exemple le protagoniste du balayeur de métro sur qui le rideau s'ouvre et se ferme. Ce personnage, très cher à l'auteur, représente le moyen de rendre hommage à tous ces hommes qui quittent leur terre pour venir balayer les rues parisiennes. Interpréter un balayeur africain, « c'est un parti pris pour battre ce cliché qui nous fait mal à tous, en tant qu'africains ».

Derrière son apparence crédule se cache un homme engagé qui nous fait partager son analyse lucide du monde qui nous entoure. Quand on lui demande sa vision de l'immigration, thème récurrent dans son oeuvre, il n'hésite pas à répondre :« C'est un moment de souffrance mais en même temps quand on regarde toutes les grandes civilisations qui ont existées, elles se sont construites en allant s'enrichir d'autres cultures. Et nous les africains on s'est souvent fait coloniser, c'est à notre tour de coloniser. Les gens disent que la mondialisation est en train de marcher sans l'Afrique et ce sont ces mêmes gens qui disent aux africains de rester chez eux, de ne pas immigrer. Ils aimeraient bien que le monde tourne sans nous, mais non. Il faut venir ici voir comment ça marche sans oublier l'Afrique ».

Mamane admet avoir une dette envers son pays. Venu en France avec une bourse d'étude, il pensait repartir avec son diplôme en poche pour participer au développement du Niger mais le destin en a décidé autrement. Aujourd'hui il veut faire connaître son pays grâce à la culture. D'ailleurs il retourne fréquemment chez lui où vit toute sa famille. Ses parents sont fiers de lui et ils l'encouragent dans son choix.

Actuellement, Mamane écrit un autre spectacle avec son ami Fabrice, un humoriste franco-camerounais. Il sera à nouveau sur scène en septembre prochain. N'hésitez pas à aller le voir parce qu'en plus de passer un bon moment où le rire est omniprésent, vous allez voyager dans un monde dans lequel réalité et utopie, autodérision et engagement se côtoient.

Marie-Pierre Zingoua.