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SEAL

 

Les stars précoces d'hier sont très vite has been, remplacées illico par de nouvelles figures généreusement servies par l'industrie du disque. Y a-t-il un âge limite, où l'on n'excite plus les midinettes ? Quant au public, peut-il encore être fidèle ? Peut-on encore générer un univers d'artiste ?…

Oui, apparemment. Sealhenry Samuel aka Seal, quarante ans, sort un quatrième album baptisé pudiquement “Seal IV”, suite de “Seal I, II, III”. Fidèle à un style, le sien, vieux de 15 ans, qu'il se consacre à remodeler pour chaque nouvelle sortie. “L'album a été très difficile à faire et très différent des trois précédents parce qu'il m'a pris plus de cinq ans. J'ai dû trier 75 titres et n'en garder que 11 et les proposer à Trevor Horn, fidèle producteur depuis 1994. J'ai dû revenir où tout a commencé. A Londres ! Là où je suis né, ait vécu pendant plus de 27 ans. J'ai dû apprendre à me réadapter à mon milieu d'origine. Après ce pèlerinage tout était possible, retourner à Los Angeles, inspiré, rempli de sensations oubliées, enrichi d'une vision rénovée des choses. De l'intérieur vers l'extérieur. Ce que je ne savais pas encore faire. Jusqu'ici ma vision était biaisée par nombre de choses.”

Son créneau et son discours, c'est la pop, sans couleur particulière, gaie, émouvante, pérenne et qui donne envie d'y croire. “Quelque fois, en m'entendant chanter, çà m'arrive de ne pas y croire. Il est très important pour moi de croire en la musique que je fais. C'est très facile de faire un album. Mais c'est plus difficile de faire quelque chose auquel on croit. Ça demande plus d'ouverture d'esprit et d'humilité. Avec ma maison de disque, c'est aussi le même processus. Ils m'ont dit qu'ils croyaient en moi, et m'ont donné le temps de faire ce que je souhaitais. J'aime chanter le bonheur, je ne sais pas écrire ou chanter les choses tristes et peiner mon public. Quand les gens écoutent ce que je chante, ils se sentent transportés, heureux. Je parle d'expériences banalement humaines que j'ai traversées et dont je suis sorti victorieux. “

Ethique d'un esthète, et d'un choix… Pas de hip hop, mais pas démodé. “Marvin Gaye, Aretha Franklin, Stevie Wonder, Jimmy Hendrix mais aussi Joni Mitchell… J'adore ces auteurs, parce qu'ils ont su faire respirer la musique, leurs chansons. Une chanson, c'est aussi la voix qui la porte, le mouvement, la sophistication, la création, l'intimité, l'espace, la linéarité... J'aime le hip hop. Mais, il ne peut y avoir cohabitation entre une grande chanson et un grand beat en matière de hip hop. Le hip hop c'est bump, bump, bump, c'est bien pour danser. Mais dans le hip hop : les rythmes sont aussi forts que les voix, voire plus. Cette rythmique récurrente empêche l'émancipation de la partie vocale. Le hip hop n'a pas cette subtilité, qui permet de moduler indéfiniment les sons et vibrations musicales"

Comme Keziah Jones, Seal est d'origine nigériane, mais aussi brésilienne. Selon Gaston Kelman, auteur du livre « Je suis noir et très fier Je n'aime pas le manioc », il faut renier complètement son identité d'origine, notamment quant elle est africaine. “Je n'oublie pas d'où je viens et je suisr de mes origines africaines. Mon père est né africain et son père brésilien, a épousé une caribéenne en secondes noces. Je parle peu le yorouba, mais j'ai gardé l'essentiel. Cette part est en moi. J'ai été plusieurs fois au Nigéria, à Lagos et à Ijabu, où se trouvent les yoroubas les plus authentiques… J'adore écouter la juju music de Colinster et Banister, assez proche de la musique de Fela Kuti. En fait, en l'écoutant, je retrouve les rythmiques du Brésil.”

Jeune et frais, inconditionnel de mannequins en vogue (de Tyra Banks à Heidi Klum et autres estampillées 90-60-90)… “Je me sens comme un enfant, pas comme un gâteux à remiser. Je suis certes plus mûre. J'adore les nouvelles technologies, si j'avais des enfants, je jouerais comme eux. Il faut juste la bonne personne pour les faire…” Malgré ses cicatrices, Seal ne s'est pas fait charcuter, une preuve de courage, de noblesse et d'authenticité…

So black, so british, so dandy, so esthète. Seal offre, oui ! Il offre, n'impose pas, ni ne matraque, un album qui lui ressemble, qui s'écoute quels que soient les âges, et qui devient une référence. De belles ballades pop mélodieuses, saines, apaisantes…

Prudence K