SENS ET APPARENCES
GRANDEUR ET DESILLUSIONS DU PANAFRICANISME

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1- MARCUS GARVEY : Le black président, le plus emblématique leader , le plus déterminé et le plus visionnaire que le mouvement ait jamais eu.

2- HENRY SILVESTER WILLIAMS : Le principal artisan du 1er congrès panafricain mondial.

3- CHEIKH ANTA DIOP : Grâce à ses travaux titanesques sur l'histoire africaine, il aura doté la pensée panafricaine de la vitalité qui lui manquait.

4- WILLIAMS EDGARD BURGHART DUBOIS : Le plus grand théoricien de la pensée africaine du XXème siècle.

5- GEORGES PADMORE : Ce fut l'homme du rapprochement politique des africains et leurs frères descendants d'esclaves.

6- ANTENOR FIRMIN : Avec lui, le panafricanisme a su se libérer de ses contradictions de jeunesse et se tourna résolument vers la voie de l'extinction

7- KWANE NKRUMAH : Tout heureux de parapher le document scellant l'indépendabce du Ghana en 1957, une première en Afrique noire.

 

 

le précédent numéro de SENS & APPARENCES a été consacré à la genèse du panafricanisme. Il fut le premier volet de la réflexion que nous avons souhaité initier sur l'histoire du Mouvement.

Une bonne partie de la littérature classique consacrée au sujet a circonscrit, dans la conscience collective, la naissance du panafricanisme à un cadre chronologique bien précis : fin dix-neuvième, début vingtième, attribuant au passage le rôle de père fondateur à ses deux leaders les plus emblématiques.

Même s'il est définitivement établi que Marcus Garvey et William Edward Burghardt DuBois ont été les deux meneurs ayant marqué le plus l'histoire du panafricanisme, il en demeure tout de même que la naissance du mouvement les précéda tous les deux et fut l'œuvre d'hommes et de femmes ayant vécu plusieurs générations avant eux.

Il est donc ressorti de ce premier volet de notre étude, que c'est à l'origine même de l'esclavage que nous devons désormais localiser les prémices de la culture et de la pensée panafricaine. Car, ce sont les premiers esclaves déportés en Amérique qui, alors même qu'ils subissaient, dans leurs expressions les plus violentes les affres du système esclavagiste, ont posé sans en avoir conscience, les premiers jalons du panafricanisme. Oui ! Aussi inimaginable que cela puisse paraître, ce sont bien ces héros et héroïnes, notre chair et notre sang offerts en pâture aux crachats, aux cravaches et aux balles des monstres esclavagistes, qui ont dans l'antichambre du système même qui les étranglait secrété les toutes premières substances dont s'est alimentée tout le long du dix-neuvième siècle, la pensée panafricaine en gestation.

A partir d'eux s'ouvrira une longue période intermédiaire qui durera jusqu'à la fin du dix-neuvième siècle, faite de maturation, de fermentation où, tour à tour, de génération en génération, quelques illustres et non moins courageux personnages se hisseront sur la tribune communautaire, ébauchant, architecturant et édifiant à la longue, la plus belle idéologie jamais offerte au Peuple Noir contemporain. Ces derniers ont pour noms : Martin Robinson Delany (1812-1885), Frederick Douglas (1817-1895), Edward Wilmot Blyden (1832-1912), Anténor Firmin (1850-1911) Benito Sylvain (1868-1916) et Henry Sylvester Williams (1869-1911) pour ne citer que ceux-là, et la liste est bien plus longue.

Cette période intermédiaire trouva son couronnement au début du vingtième siècle avec la toute première Conférence panafricaine qui se tint au Westminster Hall de Londres du 23 au 25 juillet 1900. Marcus Garvey âgé de 13 ans à l'époque n'était encore qu'un adolescent et WEB DuBois lui âgé de trente-deux ans venait de démarrer dans un contexte assez délicat une carrière de professeur d'université. Si le premier fut compte tenu de son âge tout simplement absent de cet événement, le second quant à lui fut présent mais, en tant que simple membre de la délégation américaine. Nul ne pouvait à l'époque imaginer que quinze ans plus tard ils allaient devenir les deux figures emblématiques du mouvement.

Le panafricanisme au cours de la première moitié du vingtième siècle connaîtra, grâce à la qualité de meneur d'homme exceptionnel de Marcus Garvey et à celle de la fécondité d'esprit de WEB DuBois, sa période la plus glorieuse et la plus prolifique symbolisée par le rapprochement tant désiré par les pionniers entre les natifs africains et les africains descendants d'esclaves.

Le présent volet, le deuxième de la réflexion ouverte sur le sujet est destiné à fournir à nos lecteurs, le récit de l'effervescence qui a suivi la conférence de Londres, l'ascension de WEB DuBois et de Marcus Garvey à la tête du mouvement, les espoirs suscités par ce dernier à travers le monde ainsi que les désillusions qu'il a générées à la fin. Une dernière partie à paraître dans le prochain numéro sera consacrée à l'implantation du Mouvement en Afrique et à son rôle fédérateur autour des luttes pour les indépendances.

Par Ouzir ADJAVOIN du Mouvement SANKOFA .